l’inertage par emprisonnement de substances potentiellement toxiques


Inerter une substance c’est reconnaitre qu’elle est potentiellement toxique en créant une barrière physique entre la substance et l’extérieur pour lui éviter toute agression physique ou chimique. Dans le cas des cendres, la protection est à double sens, il faut isoler les cendres de l’eau de la nappe phréatique pour éviter que l’action de l’eau sur les cendres n’entraine le relargage des métaux lourds qui alors pollueraient l’eau en retour.

Dans quelles conditions cet inertage a t il été réalisé?

Les cendres sont des matériaux pulvérulents qui présentent une surface de contact avec l’extérieur très importante comparée à une matériau compact (un bloc de 1 m de coté a une surface de contact de 6 m2, sous forme de sphère de 1 cm3 la surface est de l’ordre de 600 m2 et sous forme de sphère de 1 mm3 de l’ordre de 6000 m2)

Pierre Gilles de Gennes, Prix Nobel de Physique, a bien montré qu’il est difficile de prévoir les propriétés physico-chimiques de ce genre de matériau.

Avec seulement 7% de liant qui assure cette protection, quelle épaisseur moyenne recouvre chaque parcelle de cendre? Ce calcul a t il été fait? Il est pourtant essentiel pour pouvoir évaluer la durée de cet inertage qui, de toute façon, ne sera jamais éternel.

L’exemple de l’inertage des résidus radioactifs, qui a fait l’objet de multitudes d’études, qui était qualifié de parfaitement contrôlé par nombres de scientifiques, qui devait assuré une protection pendant des centaines, voire des milliers d’années a pu se révéler inopérant après seulement quelques dizaines d’années

Les autorités de surveillance du nucléaire recommandent l’évacuation rapide des 126 000 barils de déchets emmagasinés depuis 1967 dans une mine de sel de Basse-Saxe rongée par les infiltrations

En inaugurant le stockage des déchets nucléaires dans une mine de sel il y a quarante ans, l’Allemagne était à la pointe de la technique. Quarante plus tard, elle l’est toujours en préparant son évacuation.

On peut aussi citer cet extrait d’un rapport récent du Conseil d’Etat sur l’eau:

«Le stockage souterrain de gaz à effet de serre pourrait aussi porter atteinte à leur préservation (nappes phréatiques) en cas d’accident ou de fuite, comme cela s’est récemment produit dans les Yvelines avec la nappe de l’albien. La préservation de cette ressource justifierait pour le Conseil d’État d’interdire tout stockage souterrain susceptible de contaminer ces nappes.»

Un autre exemple: à Saint Sébastien d’Aigrefeuille (Gard), un barrage en béton est sensé maintenir une pollution de 900000 tonnes de déchets de plomb et de zinc conséquences d’une usine Métaleurop. Le béton est rongé et le barrage risque de céder....


Pourtant combien de rapports, d’experts affirmaient que ce stockage est parfaitement sûr et éternel.

On ne règlera pas les problèmes en cachant la poussière sous le tapis.

Ces exemples doivent faire réfléchir, affirmer que les cendres utilisées pour combler les catiches ne présentent et ne présenteront jamais de risque pour l’eau, donc pour la santé humaine, est une simple opinion ad hoc qui ne repose sur aucune étude scientifique digne de ce nom, c’est à dire qui donne tous les éléments ayant servi à l’étude et donc tout ce qui permet de la vérifier pour la consolider ou la réfuter (c’est ce que Karl Popper appelle la réfutabilité de la connaissance scientifique). Imaginons que cette méthode soit efficace pour traiter le problème avéré de ces cendres polluées qui, à l’air libre, menacent l’eau. Conjecture intéressante qui mérite d’être testée scientifiquement, en toute transparence. Ce n’est qu’en respectant ce processus qu’il est possible, ensuite, de demander à ceux qui mettraient en cause cette conjecture de montrer où se trouve l’erreur qu’ils dénoncent. Face aux critiques des opposants la seule méthode qui vaille est d’augmenter la validité de ce qui est affirmé. Au lieu de cela, c’est l’opacité, le refus de discuter, l’affirmation péremptoire du caractère stupide et borné des opposants. Toutes choses qui décrédibilisent la méthode et ses défenseurs.

Fallait il prendre le moindre risque d’introduire ces cendres au contact de la nappe phréatique alors qu’aucune exigence, sauf l’intérêt financier immédiat du constructeur, n’a rendu cette technique nécessaire?

L’inertage peut être comparé à une digue. On nous affirme, suite à des mesures du constructeur, que tout ce passe comme prévu: lors de l’introduction du coulis de cendres, une pollution localisée dans l’espace et le temps s’est produite (ce qui est interdit par les directives européennes sur l’eau) et que les analyses actuelles ne montrent aucun problème, c’est le moins qu’on puisse attendre dans l’immédiat. Que prouvent ces mesures, pas plus que les digues de Vendée jouaient leur rôle la veille de la tempête.

De plus si une digue peut être entretenue (quand les politiques y pensent), aucune réparation ne sera possible dans les catiches.

Temps que l’inertage tient, tout ira bien. Le jour où il cèdera (si ce jour arrive) la catastrophe sera inéluctable. Quelles mesures ont été envisagées pour parer à une telle éventualité?

Peut être nous dira t on qu’il n’y a pas urgence à agir tant qu’une digue ne s’est pas rompue, il n’y a pas de victimes.