visitez ce site:  http://www.pierre.ivanes.free.fr/ : Affaire de la dioxine de l'incinérateur de Gilly-sur-Isère






Monsieur le Préfet du Pas Calais

Préfecture

Arras



Objet : traitement des déchets ménagers de l’Audomarois

Flamoval


Lettre ouverte à :


Monsieur le Préfet, (en date du 20 Avril 2010)



Nous nous permettons d’intervenir auprès de vous au sujet du projet Flamoval pour le traitement des déchets ménagers de l’Audomarois car nous pensons qu’il faudrait revoir le projet dans un cadre plus général tenant compte des aspects économiques et sanitaires mais aussi économiques comme de la notion de développement durable.

Nous allons donc évoquer les 2 traitements possibles : l’incinération ( projet Flamoval) et la méthanisation ( projet non étudié ) car il est indispensable d’examiner toutes les alternatives.

I – L’incinération:

La combustion des déchets ménagers qui a lieu aux environs de 400 ° entraîne la formation , par réaction entre les matières organiques et le chlore fourni par les matières plastiques présentes, de dioxines.. Les dioxines  sont connues depuis plusieurs années pour leurs risques sanitaires graves (elles ont été à l’origine de la Directive Seveso ).. Il est impossible d’éviter leur formation et il est très difficile, voire impossible de les éliminer des fumées. ; la meilleure technique pour réduire les émissions de dioxines dans les rejets est, semble-il, l’utilisation de la double combustion avec passage des fumées dans un 2ème four à 1100 ° ( technique utilisée à l’incinérateur de Genève , Suisse) non envisagée par Flamoval car trop coûteuse.

Par ailleurs cette technique d’incinération génère des dépôts, appelés refium, très toxiques, qui doivent être éliminés dans des dépôts de classe I dont la région du Nord esr actuellement dépourvue.

Cette technique de l’incinération apparaît donc simpliste et se révèle dangereuse.


II – La methanisation :

La méthanisation industrielle est aujourd’hui bien connue et repose sur la fermentation anaérobie des matières organiques, ce qui produit du CH4 ( méthane).

Deux procédés sont actuellement proposés : le procédé Valorga , installé depuis quelques années à Amiens et,, plus récemment à Calais, le procédé Linde en cours d’installation à Sequedin  ( banlieue lilloise) par la C.U.D.L. Mais ils fonctionnent tous les deux selon le même principe : la différence essentielle c’est que, dans le procédé Valorga les fermenteurs sont verticaux et que ce sont les bulles de gaz formées qui assurent le mélange des matières fermentescibles, alors que dans le procédé Linde, c’est une vis sans fin qui assure le mélange dans des fermenteurs horizontaux.

Les fermentations s’effectuent à une température de 30 à 60° selon les espèces bactériennes utilisées. Il n’y a donc jamais formation de dioxines.

Le gaz formé est, pour l’essentiel, du méthane. Mais il y a un peu de CO2 (gaz carbonique) et un peu de SH2 (hydrogène sulfuré) qui sont éliminés par barbotage dans uns solution alcaline. Le méthane produit est alors presque aussi pur que le gaz de ville fourni par GDF.

Le méthane est un excellent combustible, un bon carburant pour les moteurs. Il est d’ailleurs utilisé par les bus de  la CUDL à partir de la méthanisation des boues de la station  d’épuration de Marquette. C’est également ce méthane qui est utilisé par l’entreprise Mac Cain à Harnes pour cuire ses frites, méthane obtenu par la fermentation anaérobie de ses déchets de pommes de terre.

Après la fermentation, il reste un résidu qui a perdu son carbone et son hydrogène, mais qui est riche en azote. Ce résidu, auquel on ajoute des écorces d’arbres broyées pour apporter le carbone absent, va alors constituer un excellent compost commercialisable.

Ainsi, avec la méthanisation, tous les déchets sont valorisés.

Il faut toutefois signaler que la méthanisation nécessite, autant que possible, un tri sélectif préalable des ordures ménagères avec enlèvement des plastiques, du verre et des métaux. Une telle collecte sélective s’effectue déjà dans de nombreuses communes et n’est donc pas un obstacle.


III- Conclusions et perspectives :

La comparaison des 2 techniques, incinération et méthanisation, montre nettement les risques et problèmes liés à  la 1ère et les avantages de la seconde. Mais nous voudrions pousser plus loin l’analyse.

En effet, les deux techniques permettent de faire de l’électricité, soit avec l’énergie thermique dégagée par l’incinération, soit avec celle produite par la combustion du méthane. Mais c’est une technique peu appropriée. Quand on connaît les principes de la thermodynamique (dont on apprend l’essentiel dans le programme des Lycées) et le principe de Carnot, on apprend qu’une part non négligeable de l’énergie se perd au cours du passage d’une énergie à une autre (car il faut d’abord produire de la vapeur pour actionner les turbines)

On a donc intérêt à utiliser directement l’énergie disponible. C’est possible avec le méthane, cela ne l’est pas avec l’incinération. De plus, la chaleur produite avec l’incinérateur ne peut être transportée, le méthane par contre peut l’être.

La région audomaroise est essentiellement maraîchère. Installer un incinérateur producteur de dioxines pourrait être fatal à cette activité et aux industries agroalimentaires qui y sont liées (ex.entreprise Bonduelle de Renescure).

Les employés de l’entreprise Bonduelle ont exprimé leur opposition à Flamoval. L’audomarois a déjà des problèmes avec la cristallerie d’Arques. Si Bonduelle se délocalisait, ce serait le début d’une crise sociale majeure.

Or la méthanisation pourrait fournir à ces 2 entreprises (cristallerie d’Arques et Bonduelle) une énergie locale à bas coût et peut être conserver à celles-ci une compétitivité permettant de sauver l’emploi.

Cet aspect économique et social du problème semble avoir été quelque peu oublié. Il n’est pas négligeable. Le risque sanitaire a été largement évoqué par l’association du Dr Richard. La population audomaroise est inquiète et beaucoup d’habitants rejettent le projet Flamoval.

Toutes les associations de défense de la nature et de l’environnement, de défense de  la santé s’opposent au projet Flamoval.

Monsieur André Bonnier, qui avait été à l’origine du projet et Président du Syndicat Flandre-Morinie, pressentant peut-être les difficultés, s’est retiré.

Il est toujours temps de changer le projet d’élimination des ordures ménagères de l’Audomarois, d’abandonner le projet Flamoval et mettre en œuvre un projet  de méthanisation.

Il faut enfin noter que la méthanisation est assurée à St Omer d’un avenir durable du fait des déchets du maraîchage. Ces déchets ( de choux-fleurs, de choux de Bruxelles, de salades, d’endives, de carottes, etc…sont actuellement rejetés sur les berges des étangs où ils pourrissent et polluent les eaux. Ces déchets végétaux constituent une matière première précieuse pour la méthanisation.

Nous espérons, Monsieur le Préfet, que vous serez sensible à notre argumentation car la méthanisation est incontestablement la solution économique et sociale, autant qu’écologique au problème de l’élimination des déchets de l’Audomarois.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, avec nos salutations distinguées, l’assurance de notre souci de l’intérêt général.




Emile Vivier  

Agrégé de Sciences naturelles

Dr. es Sciences

Professeur honoraire de Biologie à l’Université de Lille I

Président honoraire de Nord Ecologie Conseil



Alfred Leclercq

Agrégé de Physique

Professeur grandes Ecoles au Lycée Baggio

Président de Nord Ecologie Conseil